L’incident… De Mt Dare à Coober Pedy : une journée mouvementée …
Départ de Mt Dare pour 69 Km le dimanche matin à 7 heures.
Nous empruntons une piste caillouteuse et particulièrement cahoteuse en direction de Dalhousie Springs, où nous arrivons vers 8 h 30.
Nous profitons de cette halte pour nous baigner quelques instants (deux minutes tout au plus !) dans le bassin naturel dont l’eau, alimentée par des sources artésiennes, affiche une température de 38 à 40 °C. Une expérience assez insolite que de se retrouver dans une eau aussi chaude, en plein désert australien.
Nous reprenons ensuite la route. Mais, après une quinzaine de minutes, je m’aperçois que je n’ai plus mes oreillettes. Demi-tour jusqu’à Dalhousie dans l’espoir de les retrouver. Nous cherchons, mais en vain.
Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir du moment où je les ai retirées. C’était probablement lorsque je me suis déshabillé sur un banc, à proximité du bassin, mais cela reste une simple hypothèse.
Nous reprenons finalement notre route en direction de Coober Pedy. Plusieurs centaines de kilomètres nous attendent à travers le bush australien.
La piste rouge traverse un paysage immense, presque irréel. Une terre ocre, parfois rouge, des buissons rabougris, quelques arbres isolés et, de temps à autre, des étendues caillouteuses à perte de vue. Ici, la végétation est rare et semble lutter en permanence contre l’aridité. La piste, parfois relativement roulante, devient par endroits particulièrement éprouvante en raison des ondulations et des irrégularités du terrain.
C’est dans cet environnement que survient l’incident.
Sur la piste de Mt Dare, à la sortie d’un virage serré à gauche, un profond ravinement barre pratiquement toute la largeur de la piste. De chaque côté, un talus : impossible de le contourner.
Peut-être aurais-je dû accélérer plutôt que de freiner désespérément pour tenter de réduire ma vitesse. Mais il est trop tard. Le choc est violent, suivi d’un bruit sourd sous le véhicule. Je parviens à m’arrêter une cinquantaine de mètres plus loin.
Une inspection rapide ne révèle rien d’apparent. Je décide donc de repartir, malgré un bruit anormal et particulièrement inquiétant.
À ce moment-là, je dois être dans une sorte de déni de la panne. Je continue à rouler jusqu’à Oodnadatta, 194 Km, sans vraiment vouloir envisager la gravité de la situation.
Oodnadatta (277 habitants dont 103 aborigènes) est un hameau du nord de l’Australie-Méridionale, à 1 011 km au nord d’Adélaïde, à 112 m d’altitude.
Le village possède un relais routier, The Pink Roadhouse, où l’on peut trouver magasin général, essence, poste, hôtel-restaurant.
C’est là que plusieurs personnes me font remarquer que le véhicule s’affaisse anormalement à gauche. Cette fois, impossible de fermer les yeux : l’attache inférieure de l’amortisseur avant gauche est brisée.
Nous sommes dimanche et il est impossible de joindre le loueur. Il faut pourtant prendre une décision rapidement. Deux possibilités s’offrent à nous : rester sur place et annuler les réservations suivantes, trouver une chambre et attendre de pouvoir contacter le loueur ; ou tenter de poursuivre jusqu’à Coober Pedy, distant d’environ 190 kilomètres.
Je choisis la seconde solution, sans doute en minimisant quelque peu l’importance de la panne.
Nous reprenons donc la route. Après Oodnadatta, le paysage change progressivement. Les étendues de terre rouge et de bush laissent place à un désert plus minéral, constitué de vastes plaines caillouteuses, couvertes de pierres sombres, les fameux gibbers australiens. Les gibbers sont des pierres de surface, généralement sombres, qui recouvrent de vastes étendues désertiques.
Le décor est austère, presque lunaire. À perte de vue, une succession de reliefs peu marqués, de pierres et de sols arides. La végétation se fait encore plus discrète. L’impression d’isolement est totale.
Et pourtant, le trajet se déroule sans encombre. Contre toute attente, le véhicule se comporte correctement. Nous roulons à une vitesse tout à fait normale, presque comme si rien ne s’était passé, avec cette étrange impression que la mécanique a décidé de tenir bon jusqu’à destination.
Nous arrivons finalement à Coober Pedy sans autre incident.
Avec le recul, je mesure assez bien la part de chance qui nous a accompagnés ce jour-là.


