Le lac Argyle, aux portes du Kimberley
Nous passons notre première nuit au bord du Lake Argyle, immense retenue d’eau artificielle située à proximité de Kununurra.
À la tombée de la nuit, alors que nous rejoignons le restaurant à pied, nous assistons à un spectacle assez inattendu. Un vol impressionnant de chauves-souris géantes traverse le ciel. Elles ressemblent à de grands corbeaux, mais leurs silhouettes et leurs ailes déployées ne laissent aucun doute : ce sont des roussettes, ces grandes chauves-souris frugivores que les Australiens appellent flying foxes. Elles sont particulièrement nombreuses dans cette partie du pays.
Plus tard dans la soirée, depuis la terrasse du restaurant, nous avons également la chance d’observer un crocodile d’eau douce, le crocodile de Johnston. Une rencontre plutôt inhabituelle pour accompagner notre dîner !
Passage dans l’Australie-Occidentale
Le lendemain, nous reprenons la Victoria Highway en direction de Kununurra. À environ 45 kilomètres de la ville, nous franchissons la frontière entre le Territoire du Nord et l’Australie-Occidentale.
Ce passage d’un État à l’autre s’accompagne d’un contrôle sanitaire assez particulier. Une charmante douanière inspecte notre petit stock de provisions et retient quelques fruits que nous ne sommes pas autorisés à faire entrer dans l’État. L’Australie applique en effet des règles de biosécurité très strictes afin de protéger ses productions agricoles et ses cultures contre les parasites et les maladies.
Pendant cette inspection, nous avons une agréable surprise : nous retrouvons un couple d’Autrichiens rencontré deux jours auparavant lors de notre excursion en bateau dans les gorges de Nitmiluk. Ils parcourent eux aussi la côte ouest australienne, mais dans le sens inverse du nôtre, et nous quittent pour rejoindre Lake Argyle.
Le hasard des voyages réserve parfois de jolies retrouvailles !
La Gibb River Road : changement de décor
Nous poursuivons notre route en direction d’El Questro.
À la jonction de la Victoria Highway et de la Gibb River Road, nous faisons une première halte. Nous y rencontrons un jeune Australien qui effectue cette traversée à vélo. Quel courage ! Il faut imaginer les distances, la chaleur et surtout l’état des pistes qui nous attendent.
Nous sommes frappés par le calme qui règne sur cette route. En dehors de ce cycliste, nous ne croisons pratiquement personne. Ce seront d’ailleurs les deux seules rencontres humaines de notre parcours sur cette portion de la Gibb River Road. Pas un seul véhicule !
La route est encore goudronnée à cet endroit, mais cela ne va pas durer.
Quelques kilomètres plus loin, un panneau indique la direction d’El Questro. Sur le côté de la piste, deux ou trois 4×4 sont arrêtés. Leurs occupants nous font signe et nous préviennent de ce qui nous attend : la fameuse corrugation, ou route en tôle ondulée.
Pour ceux qui ne connaissent pas ce phénomène, il s’agit d’une succession de petites ondulations régulières qui se forment sur les pistes de terre ou de gravier sous l’effet du passage répété des véhicules. Avec le temps, la surface prend l’aspect d’une véritable tôle ondulée. Le phénomène est particulièrement éprouvant pour les véhicules et leurs occupants : à certaines vitesses, les vibrations deviennent impressionnantes.
C’est notre première véritable piste de terre rouge ocre. Nous entrons enfin dans le décor caractéristique du Kimberley !
Avant de poursuivre, je m’arrête pour dégonfler les pneus, en passant de 3 à 2,2 kg de pression. Cette précaution permet d’augmenter la surface de contact avec le sol, d’améliorer le confort et de limiter les chocs sur les pistes particulièrement dégradées.
Nous voilà partis pour une quarantaine de kilomètres cahoteux, au milieu d’une végétation de savane, de collines rocheuses et de paysages de plus en plus sauvages.
Nous devons également traverser une rivière où l’eau atteint une cinquantaine de centimètres. Une première petite aventure qui nous rappelle que nous sommes désormais dans le véritable territoire du 4×4.
Après ce parcours mouvementé, nous arrivons enfin à El Questro. Le thermomètre affiche entre 35 et 38 °C.
El Questro : une oasis au milieu de l’immensité
Le lieu nous impressionne immédiatement par ses dimensions. El Questro est une immense propriété, plusieurs dizaines de milliers d’hectares, installée au cœur des paysages spectaculaires du Kimberley.
Le domaine dispose de plusieurs espaces d’hébergement : des emplacements pour les tentes, d’autres pour les caravanes et les 4×4 aménagés, ainsi que quelques cabins. On y trouve également un restaurant, une petite épicerie, une station-service et une laverie. Finalement, tout le nécessaire pour séjourner quelques jours dans cet environnement isolé.
Notre hébergement initialement prévu est une tente équipée de la climatisation. Mais lorsque nous découvrons sa superficie, nous réalisons rapidement qu’elle sera bien trop petite pour accueillir confortablement nos bagages.
Après discussion, nous négocions un supplément de 300 € pour changer d’hébergement et obtenir une cabin, beaucoup plus confortable, également climatisée et située en bordure d’une rivière.
Compte tenu de la chaleur, nous ne regrettons absolument pas cette décision !
Un autre rythme de vie
Il faut également s’adapter à un mode de vie assez déroutant pour des Français.
Depuis notre départ de Darwin, nous découvrons des horaires qui ne correspondent pas vraiment à nos habitudes. Le dîner est généralement servi entre 17 h et 20 h. Passé cette heure, tout est fermé ! Le petit déjeuner se prend entre 8 h et 10 h. Quant au déjeuner, il semble ne pas vraiment faire partie des horaires incontournables.
Nous retrouverons cette organisation dans une bonne partie du Kimberley et des Territoires du Nord. Ici, on vit au rythme du soleil, de la chaleur et des contraintes propres à ces régions isolées.
Nous faisons également la connaissance de nos premiers backpackers, ces jeunes voyageurs venus du monde entier pour découvrir l’Australie. Leur présence nous est particulièrement utile pour nous familiariser avec l’anglais australien.
Car il faut bien le reconnaître : entre l’accent, le débit de parole et certaines expressions locales, la compréhension n’est pas toujours évidente pour un Européen !
À la découverte d’El Questro
Durant notre séjour, nous partons à plusieurs reprises explorer les pistes qui sillonnent les environs.
Le domaine est immense et offre une grande variété de paysages : des reliefs rocheux aux couleurs ocre, des vallées encaissées, des cours d’eau bordés de végétation tropicale et des points de vue magnifiques sur les étendues environnantes.
Nous empruntons notamment certaines pistes de pierre, parfois tortueuses et assez reculées, pour découvrir les paysages et profiter de superbes couchers de soleil.
La lumière de fin de journée transforme alors complètement le décor. Les falaises et les collines prennent des teintes rougeoyantes, tandis que les ombres s’allongent sur la végétation clairsemée.
Nous sommes désormais au cœur du Kimberley. Et cette première étape nous donne déjà un bel aperçu de ce qui nous attend pour la suite de notre aventure sur la Gibb River Road.
À la découverte des gorges d’El Questro
Nous consacrons une journée à la découverte des environs d’El Questro.
Le domaine est tellement vaste que les possibilités d’exploration sont nombreuses. Nous empruntons les pistes qui permettent de rejoindre différents points de vue et de découvrir les paysages sous plusieurs angles.
Nous découvrons notamment Chamberlain Gorge et El Questro Gorge.
Chamberlain Gorge offre un spectacle remarquable. Cette profonde entaille dans les reliefs du Kimberley est bordée de hautes falaises rocheuses aux teintes ocre et rouge. Depuis les différents points d’observation, nous pouvons apprécier la profondeur de la gorge et le contraste entre les parois minérales et la végétation qui accompagne le cours d’eau.
El Questro Gorge présente un caractère différent. Les reliefs se resserrent et les formations rocheuses donnent une impression de profondeur et d’isolement. La végétation, plus présente à proximité de l’eau, contraste avec les paysages secs et rocailleux que nous avons traversés.
Nous nous contentons de découvrir ces deux sites depuis différents points de vue, sans entreprendre les randonnées ni les excursions en bateau. Une seule journée étant consacrée à cette découverte, il faut faire des choix.
Mais même sans parcourir les gorges à pied ou en bateau, les panoramas nous donnent un bel aperçu de la richesse géologique et de la diversité des paysages du Kimberley.
Nous terminons cette journée en profitant une nouvelle fois des pistes et des lumières de fin d’après-midi, qui donnent aux reliefs rocheux des couleurs particulièrement intenses.